Notre seule patrie : l’enfance ! (Stupeflip)

Le secret de Stupeflip, ce sympathique monstre du paysage musical français, c’est qu’il n’aura jamais accepté de devenir adulte. Il y a en nous un petiot à sauver de la société des adultes mais aussi de tous les tristes nostalgiques qui font de l’enfance un paradis perdu. Voilà la vocation de Stupeflip : soigner notre enfance pour en faire une machine rebelle et créative. C’est que l’enfant n’est pas seulement un privilégié passif que la société n’emmerde pas encore. L’enfance dont on parle ici n’est pas une période temporelle mais une attitude. L’enfant, c’est celui qui travaille en permanence à construire son monde contre celui qu’on lui impose.


C’est au p’tiot que j’cause, qui est en toi, à qui j’cause […]
Tu l’as séquestré, bâillonné, ligoté […]
C’est toi là-haut ? Dans la cour des grands
Tu fais semblant, le coq, le fanfaron, la putain qui tourne en rond
Tu crois gérer mais t’es mal digéré
Il est où le p’tiot qu’t’étais ? Il est mort le p’tiot qu’t’étais ?

« Stupeflip Vite« 

De quoi est né ce monstre qu’est Stupeflip, et de quoi se nourrit-il ? Chez Stupeflip, quelque chose a déconné dans le cours normal des choses. Stupeflip est inclassable stylistiquement, si ce n’est comme bâtard de métal et de rap à l’ironie malaisante. Ethiquement, on n’est pas très au clair non plus sur ses intentions, entre de sérieuses aspirations commerciales, et une préférence bien sensible pour l’anonymat de l’underground1.

Mais surtout, ce qui est peut-être le plus intrigant, c’est son discours. D’un côté, un délire mystique-troll enfantin qui refuse semble-t-il tout positionnement sérieux, et de l’autre une vocation thérapeutique très sérieuse : soigner les gens, ou plus précisément, soigner leur enfance. « Stupeflip c’est un truc altruiste, très positif, très humaniste, pour aider les gens » dit King Ju, le « leader » dans une interview.

Stupeflip a ceci de commun avec les monstres qu’il fait bien marrer, mais qu’il cache aussi quelque chose de beaucoup plus grave sous son masque de bête de foire2. Au-delà de toute blague, il y a un fond de sérieux, que la blague permet d’alléger, de faire avaler. La clé de compréhension de Stupeflip, « le groupe culte qui refuse le monde adulte« , c’est l’enfance.

Pourquoi King Ju parle-t-il de Stupeflip comme s’il s’agissait d’une personne ? C’est bien simple : c’est parce que Stupeflip est une personne. Stupeflip, c’est le nom de cette part en nous qui est irrémédiablement blessée d’avoir eu à devenir « adulte ». Et le groupe éponyme qu’on appelle « Stupeflip », c’est la thérapie inventée par une bande de musiciens, non pas pour nous guérir de notre enfance, comme s’il fallait s’en débarrasser, mais pour soigner, prendre soin de l’enfant que nous sommes, sous le vernis d’une carapace adulte étouffante.

Ce que défend Stupeflip, ce n’est pas simplement l’enfance comme période de la vie : c’est l’enfance comme valeur à laquelle il faut rester fidèle.

Pourquoi Stupeflip veut rester enfant

Il y a une interprétation un peu trop facile de Stupeflip qui reposerait en gros sur la vulgate psychanalytique. Genre, Stupeflip a eu des problèmes pendant cette période cruciale du développement psychique qu’est l’enfance, et ces plaies ouvertes ont induit une fixation en enfance, une inaptitude à la vie sociale et une humeur vengeresse. C’est le cliché de l’enfant traumatisé, de l’enfant battu. C’est du reste une interprétation officielle, que fournit Stupeflip lui-même :

King Ju, ayant subi de sérieux traumatismes durant son enfance, se servira du crou Stupeflip pour régler ses comptes avec la société3.

Bien sûr, Stupeflip est le produit d’une enfance difficile. Et pourtant, Stupeflip s’attache à l’enfance comme à un paradis, un lieu où séjourner. Car ce qui est blessé en Stupeflip, ce n’est pas seulement l’enfance comme début de la vie, c’est l’enfance comme valeur, comme ce à quoi nous tenons même à l’âge adulte. Que l’enfance soit d’abord une valeur pour Stupeflip, c’est ce qui ne fait pas de doute dans cette interview, où King Ju s’énerve :

Nan mais essayez de poser des questions pertinentes les mecs. […] Stupeflip en fait, tout le monde prend ça pour un truc rigolo, les masques, tout ça. Mais vous savez pertinemment qu’il y a un truc beaucoup plus profond que ça dans Stupeflip. Je vais vous mettre sur la piste. Droit à la naïveté, droit à la faiblesse, d’accord ? On est dans une société où il faut que chacun soit fort, au boulot il faut se battre, gagner de l’argent. […] Fuck tout ça. […] N’écoutez pas les gens qui vous font peur. Et restez naïfs, et restez gentils, restez fragiles, restez fragiles.

Stupeflip, c’est une réaction vitale aux attaques menées contre cette zone à défendre, ce paradis qu’est l’enfance, qui n’est pas un paradis perdu, mais qui est à chaque fois accessible en chacun de nous. Nous savons ce que représente l’enfance, et pourquoi nous y tenons : c’est la liberté, le jeu, la naïveté, l’innocence, le plaisir de casser, de goûter, de ne rien faire, de dormir. La possibilité de faire céder le monde à son caprice. Voilà ce qui a été brisé, tordu, moulé pour rentrer dans les cadres étroits des identités socialement correctes.

Nietzsche caractérise l’esprit qui reste fidèle à l’enfance en disant qu’il « veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde. » L’adulte est « celui qui a perdu le monde », ou plutôt, un certain rapport au monde, qui est propre à l’enfance. Devenir adulte, c’est acquérir « un certain ennui responsable, une bienveillance surjouée, le refoulement des affects vitaux qui habitent l’enfance, à savoir une certaine disposition au jeu et au conflit » (Comité invisible, A nos amis). C’est ce que Stupeflip rejette : la condition adulte, où « l’autonomie » qui nous est laissée a pour condition l’adoption du bon comportement, de la morale d’Etat, de l’esprit maison, en somme le respect obséquieux des impératifs économiques et juridiques.

L’enfant a ceci de beaucoup plus vivant qu’il n’a pas encore été amputé de sa capacité politique, qui est la capacité de créer son propre monde, avec d’autres. La capacité d’édicter ses propres lois, de choisir ses affinités, de rester irréductiblement impossible à catégoriser, à identifier, ou à gouverner de façon prédéfinie. Stupeflip a ceci de salvateur qu’il résiste à l’amputation, avec ses myriades de personnages, de lieux, de concepts, et ses odes à l’imagination. Cependant, l’amputation de l’enfance est toujours en partie réalisée, dès lors que « l’enfant fou » qu’on était commence à être pris en charge par les institutions :

Force à manger le petit
Donne-lui du colin blanc, il l’avale avec de l’eau […]
Les petits crient beaucoup, ils deviendront grand
A l’extérieur les grilles attendent sagement
Un enfant fou vient de décapiter une mouche
On lui met du scotch sur la bouche
Il appelle “au secours” tous les jours dans la cour
Traumatisé pour toujours4

Par quoi l’enfance est brisée

Ce qui brise l’enfance, on vient de l’esquisser. C’est l’ensemble des mécanismes qui visent à lui confisquer sa volonté créatrice, sa capacité politique à imaginer et créer un monde qu’elle voudrait habiter. On n’a peut-être jamais été plus dépossédés de cette capacité que dans la « démocratie des classes moyennes ».

Ici, de façon quasi indolore, nous sommes disposés dans les moindres choix de notre vie, par le cours des choses, par l’économie, par la société, c’est-à-dire par des forces impersonnelles. La moindre parcelle de notre existence est quadrillée par des prix, des lois, des murs, des policiers, des médecins, des applis, des caméras, des publicités, par la morphologie urbaine. L’enfant est brisé dans tous les possibles qu’il contient par l’économie et son environnement, avant même qu’il ait la douloureuse impression de ne pas avoir eu le choix.

L’économie « dispose chaque existence : en orchestrant nos attitudes, elle s’approprie la cohérence et la consistance de nos gestes. […] La dépression et l’étrangeté à soi deviennent alors les pentes où glisse son fonctionnement coutumier. » (La Cassure). Dépression et étrangeté à soi, c’est le tempérament qui tourmente l’enfant passé à l’âge de raison, et c’est le ferment qui fait pousser Stupeflip.

Cette souffrance typique de l’adulte en environnement occidentalisé traverse donc ses textes. C’est la douleur sourde de la déprime, le « mal du siècle », qui hante les foyers de villes devenues inhumaines, étrangères et inhabitables :

Moi c’est King Ju, l’épouvantable épouvantail
Le zazou qui nage dans la ZUP [zone à urbaniser en priorité] naze et qui fout rien
King Ju s’exprime, c’est la déprime qui prime
J’ai pas bonne mine
Parce que je suis bourré d’aspirines5

C’est aussi la douleur d’une existence pliée par l’inertie des institutions (parents, école, entreprise, hôpital, religions, etc.), et vouée à remplir une fonction économique insensée pour subvenir à des besoins déterminés par l’économie :

C’est l’épreuve de la solitude et de la séparation à une époque où la mixité sociale est l’idéologie dominante, et où tout le monde est sensé être « interconnecté » :

Le soir quand tu te sens un peu seul
T’écoutes le Stup dans ton iPod
Ça t’évite de trop faire la gueule6

C’est encore toutes les vicissitudes de l’échec social, dont le tableau exhaustif n’est donné que dans les morceaux de bravoure qui viennent clore les disques de Stupeflip. Par exemple, « Annexion de la région Sud » :

Pour le vrai C.R.O.U Stupeflip
Pour tous ceux qui en ont ras le bol de ras le bol
Pour les gens qui prennent trop de médicaments à cause du travail
Pour ceux qui écoutent la musique très fort […]
Message à ceux qui aiment le pouvoir
Tiens prends ça dans ton (bip)
À ceux qui m’empêchent de rêver
Tiens prends ça dans ton (bip)
À ceux qui vont mal parler sur le C.R.O.U
Tiens prends ça dans ton cul (bip)
Pour ceux qui ont pas conscience des réalités
Tiens prends ça dans ton cul (bip) (bip)
Pour ceux qui disent : « tiens, prends ça dans ton cul »
Tiens prends ça (bip) dans ton cul […]
J’fais ce que je veux
Personne ne me dira ce que je dois faire ok ?
Vous étiez pas là à la création de la première ère du Stup
Pour tous ceux qui se font chier dans leur boulot de merde
Bip bip
Travaille
Personne n’est obligé de travailler
N’oublie pas qu’on est que des morceaux de bidoche
La vie est courte
Personne t’oblige à subir quoi que ce soit
À toi de choisir

Autant de choses qui viennent rabrouer le caquet de l’enfant en déterminant son rapport aux autres et au monde, en l’enfermant dans un rôle contraint par la logique de l’optimum chiffré sur lequel il n’a aucune prise. Cette tendance pathologique de l’adulte à compter, à prévoir, à planifier, à obéir, à raisonner et se raisonner, c’est la mutilation de la vie à quoi résiste l’enfant grâce au caprice et à la sauvagerie. Stupeflip invite à prendre soin de ce tempérament irraisonnable : instaurer « l’ère du Stup », ce sera peut-être ne jamais quitter l’enfance, devenir autonome en conservant sa capacité à créer un monde.

Retournons en enfance

Une fois qu’on a cerné les forces qui attaquent et font fuir notre enfance, il s’agit maintenant de lui frayer un passage pour revenir. Retourner en enfance – on ne l’a jamais vraiment quittée -, c’est indéniablement l’opération lancée par King Ju lorsqu’il crée Stupeflip, à 33 ans, en 20037. Aujourd’hui il approche la cinquantaine. L’intention initiale de Stupeflip ne s’est pas affadie. Le mot d’ordre du Crou (« l’équipe » en anglais) Stupeflip est toujours le même : prendre soin de son enfance.

Car Stupeflip a une vocation thérapeutique. Mais c’est quoi cette thérapie proposée par Stupeflip ? Est-ce qu’on écoute un disque de Stupeflip comme un médoc qu’on prend régulièrement pour avaler la vie qu’on nous fait, pour rire un bon coup, décompresser et puis replonger en se bouchant le nez8 ? Ou est-ce une pilule explosive, qui fout le coup de trique nécessaire à un désistement, à une sécession, à un pas de côté ? Certes, King Ju, en interview, prêche la « Bisounourserie lucide et non angélique » et résume ainsi sa doctrine politique : « être tolérant, être à l’écoute, restez gentil ». Malheureusement, la vie en commun ne se décide pas toujours en discutant.

Et à vrai dire, à bien regarder Stupeflip, même si sa violence et sa radicalité sont musicales, elles peuvent indiquer une voie moins résignée. Stupeflip, c’est des gars qui ont jamais trop réussi à « s’intégrer ». Stupeflip n’a jamais roulé sur l’or, King Ju a vécu plusieurs années au RMI. La célébrité a mis Stup mal à l’aise. Pour Stupeflip, il n’a jamais été question de sacrifier son authenticité, de devenir infidèle à son enfance. Il s’agit plutôt de tout faire pour la conserver intacte.

Alors, c’est quoi la thérapie Stupeflip ? Faire appel à l’enfant qui est en nous, et le bichonner. Créer un monde où l’on puisse prendre soin de ses ami-e-s. Et en même temps, faire progresser le désenchantement à l’égard de l’autre monde, celui qui nous domine et nous écrase, en montrant à quel point il est ridicule et dispensable. Cette reprise de confiance en la communauté des ami-e-s, c’est tout le sens du passage si poignant du « crayon Titi » (à écouter !), qui est aussi un cri de fidélité à l’enfance. Le « crayon Titi », c’est l’outil qui sert à la création artistique d’un monde, mais c’est aussi l’arme qui sert à défendre ce monde contre ses ennemis :

Un monde, c’est un certain sens que nous donnons de nous-mêmes à la vie, aux choses, au sein d’une communauté d’affinité. C’est ce qui permet de dire nous, de quitter la solitude individualiste qui est imposée à l’adulte occidental. Le but de Stupeflip, à travers ses innovations de langage et sa mystique sectaire, n’est autre que de créer un monde. Pas un « univers » où l’on peut « s’évader« . Un monde autour duquel nous pouvons nous retrouver : la Menuiserie, les ères du Stup, les régions Nord, Sud, Ouest, les clés du mystère en chocolat, la religion du Stup, etc.

En bref, un langage codé, commun, autour duquel se forme une communauté. Comme le dit Stup lui-même, the Crou is the solution. Le « Crou », comme la « mif » de PNL par exemple, ce n’est qu’une forme parmi d’autres de cette communauté élective9, imaginaire, qu’on appelle aussi « commune », qui se fonde sur l’émergence d’un délire partagé, et qui entre en lutte ouverte contre le sort qui est fait à nos vies. Une chronique de Stup Religion résume bien tout ce qu’il y a de sécessionniste dans une commune :

Ceux qui ont oublié l’enfant qu’ils étaient – surtout ceux là. Ceux qui n’ont jamais été en dèche. Ceux qui n’ont jamais été en chien. Ceux qui sont devenus insensibles qui taffent et consomment sans plus se poser de questions. […] Ceux qui ne veulent pas détenir les clés du mystère au chocolat ->>> Stup Religion n’est pas pour vous, n’essayez pas de comprendre restez dans le bureau sales comptables sales informaticiens sales banquiers d’adultes dans vos papiers bien rangés !!! Certains rencontrent Dieu, d’autres le rencontrent pas. Pour les autres : Stupeflip marque l’avènement du Stup.10

On peut donc comprendre à nouveau frais le slogan de Stupeflip : « le Crou Stupeflip est là, entre autres, pour terroriser la population, et par-là même instaurer une nouvelle ère : l’ère du Stup« . Une façon un peu rapide de lire cette phrase, ça serait d’y voir quelque chose du genre « Stupeflip est là pour se venger de ce qu’il a subi pendant son enfance en infligeant à son tour des souffrances aux autres ». Mais, plus profondément, comment Stupeflip terrorise la population ? En lui montrant à quel point elle est moche, la « population ». Et quelle est cette nouvelle ère qu’il s’agit d’instaurer à la place ? C’est un autre monde, enfin vivable, habitable.

Y’a des humains qui m’ont dit…
« T’as des problèmes pour trouver ta place dans la société ?
Alors prends ça comme un jeu… »
« L’hypocrisie au travail ?
Prends ça comme un jeu… »
« Marcher sur la tronche des autres ?
Prends ça comme un jeu… »
« S’faire traiter comme une sous-merde ?
Prends ça comme un jeu… »

Au ton menaçant et ironique de la voix qui prononce ces exécrables « prends ça comme un jeu », il faut deviner qu’elle n’invite pas à la conciliation. Stupeflip ne nous propose pas de nous intégrer et de nous accommoder des injustices en les « prenant comme un jeu », un jeu où rien ne serait grave car tout serait pour de faux. S’il faut les prendre comme un jeu, c’est au sens d’un enfant qui joue, qui veut explorer toutes ses possibilités, et qui éventuellement peut finir par se lasser, et par tout détruire par pur caprice.

C’est cette attitude qu’il faut retrouver : il ne s’agit pas de prendre la société comme un jeu dont on serait un joueur parmi d’autres, un jeu dont les règles sont déjà écrites et nous sont déjà imposées, où tout est définitivement pour de faux. Non, il s’agit de prendre le jeu très au sérieux, comme un enjeu vital, de le soumettre à ses caprices, de tricher par les plus habiles stratagèmes, voire de changer violemment les règles du jeu si ça nous chante. Ça serait ça, jouer en enfant. Stupeflip, c’est le choix de l’enfance envers et contre tout. C’est l’enfance, dans le monde hostile des adultes, qui revient et qui se venge.

Crédit photos : http://asfhart.deviantart.com (Pascaline / Henri Bellet)

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Notes   [ + ]

1. Sur les passages de Stupeflip en plateau télé, la chronique de Raven sur Guts of Darkness explique bien ce qui se passe : « le Stup les avait mis mal à l’aise, chez Ardisson, vous pouvez revoir les images pour comprendre où est La Vérité des enfants, et qui sont les adultes gênés et effrayés qui cherchent à temporiser, et dévient le regard ou font de la déconne pour ne pas voir cet enfant, ne pas lui refaire face ».
2. Voir les excellentes chroniques de Guts of Darkness : « Il est même possible que vous ne perceviez pas tout de suite la beauté de ce bidule, trompés par l’esthétique nawak freestyle aseptisé. Mais King Ju transperce le filtre déconne, pour nous montrer sa gueule d’ado traumatisé. Parce que Stupeflip, derrière les artifices putassiers, derrière le second degré, ça pue la solitude, ça pue le geek romantique sarcastique, l’onanisme coloré-désespéré des mondes intérieurs… ça pue quelque chose que tu n’aimes pas sentir : ça pue Toi. Ta tête, tes mythes intimes d’adolescence. »
3. « Présentation du Crou« 
4. « L’enfant fou », premier couplet.

5. « L’épouvantable épouvantail« 
6. « Fan de Stup« 
7. Voir l’interview sur Gonzai :

Disons que tu es là depuis dix ans et que

Stupeflip : Attends, je t’arrête tout de suite, je ne vois pas le truc – Stupeflip, donc – en tant que carrière. Jusqu’à 33 ans je faisais du graphisme, tout d’un coup j’ai bifurqué et j’ai eu l’opportunité de faire un disque, c’était en 2003. Et puis je ne suis pas du tout dans une optique de durée.

8. Si on fie à certains de ses discours publics, on pourrait penser que Stupeflip invite à la résignation. Par exemple, voici la suite de l’interview citée plus haut :

N’écoutez pas les gens qui voudrait que vous vous fassiez une armure. Faites vous enculer. Il vaut mieux se faire enculer que de rentrer dans ce système. Profil bas, comme les bouddhistes, tu sais. C’est très bouddhiste Stupeflip. Tu sais Gandhi il avait une armée de moines, et les moines attendaient avec le sourire et des mecs, les Chinois ou j’sais pas qui, venaient leur donner des coups de bâton. Dans la gueule, ta ! Et les moines ils restaient là comme ça en souriant. Ça c’est la classe.

Heureusement, ce n’est pas le dernier mot de Stupeflip, qui ne propose pas seulement des solutions mollassonnes à la « tendre l’autre joue ».

9. La communauté élective (choisie) peut être ici opposée à la communauté « électorale », qui n’est pas une communauté, mais un vague agrégat de groupes hétérogènes, une abstraction qui sert habilement la démocratie minimaliste.
10. Chronique de Stup Religion sur Guts of Darkness.