Hebdromadaire #3 – Petits sexes et grosses discriminations en République de France

Grozeille héberge pour la troisième fois la chronique de l’actualité humaine française par Dromadaire, un ethnozoologue camélidé.


Chers lecteurs animaux, végétaux, minéraux et humains,

Mon enquête de la semaine dernière m’a laissé en proie à des doutes terribles. Avec ces histoires de « monde virtuel » et de « supériorité de l’homme », j’ai passé des nuits difficiles à tenter de percer le secret des relations inter-espèces. Heureusement, certains de vos messages m’ont aidé à y voir plus clair. Je crois bien que la plupart d’entre vous feraient d’excellents ethnozoologues. Je voudrais notamment citer un courrier qui m’a fait part d’un fait étonnant :

Cher Dromadaire,

 

A la lecture de votre précédente livraison sur la supériorité humaine (« Hebdromadaire 2 ») et de l’article sur la violence où le grand Nelson Mandela est cité, je voulais vous faire remarquer que des figures telles que Nelson Mandela n’existent pas seulement chez les homo sapiens. On pourrait penser que les humains sont les seuls à pouvoir se targuer d’avoir un panthéon de héros légendaires qui ont combattu pour une juste cause.

 

Contre ce préjugé, il faut faire remarquer qu’un homard de 132 ans, Louie, a été remis à la mer la semaine dernière, après plus de 20 ans de captivité. Comme Nelson Mandela, il avait été emprisonné pour ces activités de militantisme antispéciste, qu’il n’hésitait pas à revendiquer la pince levée.

 

L’acharnement du vieux bougre a fini par payer, et le voilà de retour en liberté pour répandre l’antispécisme à travers les mers. Des rumeurs laissent entendre qu’il est pressenti pour le prochain prix Nobel de la Paix.

 

Amitiés interspécistes.

Louie, le Nelson Mandela des homards

Vous êtes tous de merveilleux soutiens. J’ai d’ailleurs l’impression d’avoir fait quelques progrès supplémentaires cette semaine. Voici les résultats de mes investigations.

Vous avez peut-être entendu parler comme moi des « élections législatives ». C’est une sorte de rituel du même acabit que les « élections présidentielles », dont j’avais parlé précédemment. Rappelez-vous, les êtres humains ont une manière curieuse de transmettre le commandement de leur meute. Tous les cinq ans environ, ils se réunissent dans des « écoles » et autres tanières pour choisir qui deviendra le nouveau mâle dominant. Ils pourraient apparemment aussi élire une femelle dominante, mais cela reste à prouver.

« L’Assemblée nationale », lieu de réunion des sous-chefs français

Donc, quelques semaines après avoir choisi leur grand chef (le « président »), les humains français se retrouvent de nouveau pour décider des noms des sous-chefs. Ces 577 « députés » s’assoient ensuite en cercle dans un fort joli terrier, appelé « Assemblée nationale », pour discuter. Il semblerait qu’ils y aident le grand chef à décider du sort du troupeau français. Ce système dit « parlementaire et démocratique » ressemble finalement aux relations entre les requins blancs et les poissons nettoyeurs. Une entente mutuelle intelligente qui permet à ces derniers de s’alimenter en nettoyant le corps de leur protecteur avec leur bouche. La nature est bien faite.

Requin blanc et ses poissons nettoyeurs

Les êtres humains ne sont certes pas des animaux solitaires, mais ils ne dérogent pas aux règles biologiques. Dès que le groupe devient trop grand, ils ne sont pas d’accord et commencent à se battre pour le pouvoir. Pour se retrouver au cours de ces querelles, ils s’organisent comme les chats sauvages en clans ennemis. Pour la commodité de tous, les clans se répartissaient traditionnellement de droite à gauche dans l’hémicycle où ils s’asseyent. Cela avait le mérite d’être extrêmement clair comme l’indique le graphique ci-dessous. Mais les nouveaux prétendants à la chefferie ont eu une fâcheuse tendance à vouloir « dépasser le clivage droite-gauche ». Il y a de quoi s’inquiéter pour les « députés » ni de droite ni de gauche qui risquent d’être désorientés à l’assemblée, à ne plus savoir où s’asseoir.

Le très net « clivage droite-gauche »

Il faudra donc que les sous-chefs de la république de France sachent faire preuve d’autant de ruses politiques que leur grand chef dans leurs alliances politiques. Ledit Macron nous avait fait une brillante démonstration de ses talents de stratèges lors des « élections présidentielles ». Il s’inspirait en cela de son lointain cousin le bonobo, reconnu pour son habileté à constituer des alliances. Je ne me fais pas trop de souci pour la majorité des députés, qui semblent aussi doués que leur maître. Pour preuve, l’union entre la « société civile » (le nouveau nom du consortium des « directeurs d’entreprise », des « cadres » et des « professions libérales », qui avait mauvaise presse) et le « monde politique » s’avère très utile pour rassembler argent, pouvoir et influence, malgré certains couacs :

C’est en tant que président du conseil de surveillance de Navya que Bruno Bonnell, investi par En Marche, a été critiqué pour conflit d’intérêt. Il a en effet présenté à Nicolas Hulot le projet de navettes autonomes de cette même compagnie, où il a des intérêts.

Le résultat de mon enquête de terrain de cette semaine, c’est que la tolérance dans les relations entre hominidés semble inversement proportionnelle à leur distance à l’Assemblée nationale française. En effet, alors que très récemment, l’alliance entre un vieil éléphant du « PS » nommé Manuel Valls et un banc de poissons nettoyeurs confirme l’efficacité de ce système paradisiaque qu’est l’assemblée parlementaire. Tout se passe de manière très différente dès que l’on s’éloigne de l’Assemblée.

Regardez par exemple la « Turquie ». Dans ce bout de terre éloigné de Paris, un alligator au sang froid gouverne sans poissons nettoyeurs. En effet, le « président Erdogan » impose à son peuple un modèle de société de type léonin, où un seul lion est le chef et règne sans partage sur les autres animaux. Ce mode de gouvernement permet tous les abus. Par exemple, Erdogan a interdit aux autres humains d’être en marche lors de la gay Pride, une procession qui défend l’amour libre entre hominidés de tous genres.

D’après mes recherches, la « marche des fiertés » n’est pas interdite par hasard mais en raison d’un courant intellectuel nommé « homophobie », apparemment très répandu dans les sociétés humaines. Il semblerait que des vieux ramassis de papier intitulés « Bible » ou « Coran », selon les endroits, servent de prétexte pour empêcher aux mâles de s’accoupler avec d’autres mâles ou aux femelles de s’accoupler avec d’autres femelles.

En réalité, ces discriminations profitent surtout aux primates au sexe protubérant qui s’en servent pour conserver le pouvoir grâce à une convention contre-nature appelée « mariage ». Franchement, faire autant de chichi pour une si petite queue1… les hominidés auront toujours le don de m’étonner. Chez les autres primates, on n’en fait pas des tonnes.

Un cas parmi d’autres d’intersexualité libre

En tout cas, la domination des mâles, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur orientation à l’Assemblée, est soutenue de longue date par un phénomène que les humains appellent la « religion », basé sur les ramassis de papier susnommés. Sur un morceau de terre de l’autre côté du petit océan, appelé sobrement « USA », de vieux primates sans poils pratiquent par exemple la chanson collective (la « messe ») tous les dimanche dans l’espoir de séduire de jeunes femelles.

N’ayant pas pour la plupart une voix aussi belle que celle des merles ou des hirondelles, certains privilégient l’accouplement forcé, par la violence. Pour échapper ensuite à la « justice » humaine, ces maîtres chanteurs ont développé une technique. Ils se servent de la religion pour soudoyer les familles de leur victime grâce à un rituel qui consiste à échanger un grand nombre de bouts de papier verts contre un « mariage ».

Aux États-Unis, environ 200.000 jeunes de moins de 18 ans sont mariés chaque année, souvent pour cacher des viols passés… et futurs, car c’est l’un des seuls moyens de contourner les poursuites judiciaires liées à la majorité sexuelle de l’enfant.

N’ayant pas pu traverser le petit océan moi-même, c’est sur un bout de papier numérique que j’ai appris que le bipède de couleur blanche (en l’occurrence « américain ») accuse avec ingéniosité ses compères de couleur foncée (« africains ») de ces pratiques pour conserver le monopole de la « civilisation ». Sa ruse est telle qu’il dénonce même la religion musulmane, plus répandue chez les humains à forte teneur en mélanine, en prenant l’exemple d’un groupe de primates particulièrement excités appelé Daesh.

Les observations les plus récentes témoignent plutôt de l’existence de ces actes infamants dans toute l’espèce humaine. Je ne peux qu’espérer que les humaines développent au plus vite un système de défense aussi efficace que celui des canes. Pour se protéger du viol, les canes fabriquent en effet des obstacles sous la forme de culs-de-sac ou de virages. Un vagin semé d’embuche vaut mieux qu’un système judiciaire défaillant.

Le vagin anti-viol des canes

Cependant, il semble que les « féministes » (dénomination humaine de nos femellistes) ont quand même de quoi se réjouir. Les humains femelles sont de plus en plus représentées à l’Assemblée nationale française. Cela semble confirmer la loi selon laquelle la tolérance, l’égalité et le progrès sont inversement proportionnels à la distance à l’Assemblée nationale française.

Mais pas de panique, même si leur cause a l’air de progresser numériquement, les femellistes radicales ne sont pas encore prêtes à prendre le pouvoir. Les mâles semblent encore capable de rattraper la bride avant qu’elle leur échappe pour empêcher que de trop importantes inégalités entre les sexes puissent apparaître. C’est ce qu’ils ont prouvé en élisant 9 députés mâles aux postes-clés et aucune femme. Phénomène qu’un assemblage de papier a décidé d’appeler « Les femmes ne sont là que pour la photo ! ». Contrairement aux hyènes, les homo sapiens disposeraient donc encore des barrières nécessaires pour se protéger contre l’avènement d’une dictature gynocratique et matriarcale.

Chez la hyène, même la femelle située au plus bas de la hiérarchie sera dominante sur le mâle au plus haut statut.

Remarquons d’ailleurs que la province française est particulièrement bien gardée contre les accès femellistes. Les mâles peuvent par exemple compter sur l’aménagement urbain. Ils suivent en cela les traces des plus vaillantes fourmis guerrières, qui détruisent l’habitat de leurs ennemis pour agrandir leur territoire. Pour empêcher les femelles de s’approprier l’espace public, ils utilisent un marquage spatial ingénieux. Il consiste grossièrement à remplir la ville de terrains de pétanques et les squares de « jeux pour garçon » en espérant que 2 000 ans de rôles sexués incorporés fassent le reste. Un bout de papier résume le problème en ces termes :

En enquêtant à Bordeaux et à Genève, le chercheur Yves Raibaud a constaté que les « femmes sont favorables à la mixité » dans le sport, contrairement aux hommes, qui « n’en ont pas envie ». Car selon eux, dit-il, les filles « se traînent » et « n’ont pas l’esprit de compétition ».

En ce sens, les terrains de sport sont utilisés pour exclure les femmes de certains espaces urbains.

Pour lutter contre les discriminations dans les lieux publics, il faut donc imaginer des espaces qui ne soient pas totalement calés sur des sports et autres activités à domination masculine.

Ce stratagème urbain est très similaire à celui qui sert à l’exclusion des « SDF » (hiéroglyphe pour « Sans domicile fixe », euphémisme qui sert à désigner nos animaux vagabonds) et autres hominidés indésirables.

Un des dispositifs anti-SDF repéré par le Survival Group

A ce rythme, les espaces publics seront bientôt réservés aux primates de la « société civile » au sexe protubérant. L’ethnozoologue que je suis est bien obligé de s’attrister de cette perte considérable de biodiversité.

Il faut en tout cas remarquer que le coup joué par ladite société civile est un coup de maître. Comme la mygale qui tisse pendant de longues heures une toile pour capturer et immobiliser sa proie par surprise, de même, la société civile se sert d’instruments invisibles, mis en place depuis des années, pour exclure les sapiens femelles ou appauvris de l’espace public. La ruse est finaude et efficace, les humains les plus pauvres et discriminés ne sont pour la plupart pas allés voter aux « élections législatives ».

Cependant, pas d’inquiétude, car selon l’ancien Garde des Sots, François Bayrou, tout sera bientôt luxe, calme et volupté ! Dans une interview, voici ce qu’il ressent face à la vague « absentéiste » aux élections :

Q : Votre projet de loi se propose de rétablir la confiance dans la démocratie. Mais n’est-ce-pas le contraire qui se produit quand plus d’un électeur sur deux boude les urnes ?

 

R : Ce que je ressens au contraire, c’est une vague de confiance qui est en train de se lever. Le résultat du premier tour de ces élections législatives qui apparaît comme une énigme pour beaucoup, est pour moi transparent : les Français aspirent à sortir d’une longue période de pessimisme et de découragement et à entrer dans une période d’optimisme et de volonté. Au lieu d’être paralysés par la crainte de l’avenir, il s’agit pour notre peuple de saisir les chances qui s’offriront.

Alors que l’été arrive, on voit bien que l’ancien Garde des Sots applique à la lettre le mot d’ordre de son président : « Il faut penser printemps ! ». Cet été devrait être intéressant, car le chef de meute français prévoit de délester son troupeau de quelques « droits sociaux » qui empêche « l’économie » de repartir à la hausse. Ces nouveaux concepts humains doivent vous sembler bien étrange, c’est aussi mon cas, et je consacrerai donc certainement de prochaines éditions à examiner ce qu’est « l’économie ». En attendant, chers lecteurs, camarades dromadaires de tous les déserts, je vous laisse sur le slogan d’un célèbre spectacle télévisuel humain :

This summer, spring is coming…

Pour m’écrire : dromadaire@protonmail.com

Notes   [ + ]

1. Autant l’éléphante pourrait rater quelque chose à ne pas s’accoupler avec un éléphant mâle, autant la femelle homo sapiens n’y perd pas grand chose… Le sexe d’un éléphant d’Afrique en érection peut en effet mesurer jusqu’à 2 mètres. Si l’éléphant avait la taille de l’homme, son sexe aurait une longueur de 26 cm en moyenne. Ce qui n’est pas le cas…