Situation

Yannick Jadot, une écologie dépassée ?

L’écologie politique, on le sait, a fait une percée aux élections européennes. Cette écologie de parti, vaguement rassembleuse, ouverte à la croissance verte et aux fabuleuses opportunités de la green tech, qui milite pour un capitalisme humanisé et repeint aux couleurs du développement durable, est-elle celle qui va nous donner les moyens d’arrêter le cours du désastre ?

Yannick Jadot, principal représentant français d’EELV, ne convainc guère la plupart des jeunes. Celui qui a fait son beurre sur une écologie « ni de droite ni de gauche » et sur l’essor du mouvement climat reçoit ici une réponse des jeunes de Désobéissance Ecolo Paris sur ses dernières sorties sur les quotas de migrants, et l’incompatibilité entre écologie et économie.

Dans son dernier passage sur France Info, Panique Jadot, qui est censé représenter l’écologie en France, a pris des positions qui nous semblent à nous, jeunes pour le climat, assez catastrophiques. La mobilisation des jeunes, leur vote aux européennes, ainsi que l’essor du mouvement climat lui ayant beaucoup bénéficié, nous tenons à lui répondre sur les points les plus dérangeants.

« Je n’ai jamais considéré qu’il y avait un racisme d’Etat dans notre pays »

On ne peut pas, concernant le climat appeler à écouter les scientifiques, et, sur le racisme, se contenter de consulter son petit doigt. Il y a un racisme d’Etat, parce que l’Etat a le monopole de la violence légitime, et que cette violence s’exerce prioritairement sur les gens de couleur : ce qui se constate aisément en examinant l’activité quotidienne de la police1 (contrôle au faciès, harcèlement, agressions gratuites, et parfois meurtres – « bavures » selon l’IGPN).

En ce qui concerne l’écologie et l’aménagement du territoire, les gens de couleur font l’objet d’un racisme environnemental d’Etat : les populations immigrées et pauvres sont incitées à s’installer autour des zones les plus polluées ou dangereuses2. Par exemple, lors de la catastrophe de Lubrizol à Rouen, les gens du voyage ont été les premières victimes des fumées, car l’emplacement qui leur a été concédé par les pouvoirs publics se trouve à 500 mètres de l’usine 3. A Paris, ce sont les quartiers est et nord (18e, 19e,13e) qui sont les plus exposés à la pollution et aux fumets des usines, c’est-à-dire les quartiers de migration 4. Enfin, l’Etat a autorisé pendant des années l’utilisation du chlordécone (insecticide cancérigène) aux Antilles, alors que sa toxicité était prouvée et interdit en « métropole », ce qui a pollué ces îles irrémédiablement 5.

« Notre société » a « besoin de migrants économiques ». « Souvent, ces histoires de migration sont des histoires de succès, sont des histoires qui, selon toutes les études, créent de l’activité et de l’emploi dans notre pays. »

Un succès ? C’est-à-dire l’exploitation, pour le sale boulot, d’une population dont les descendants sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone ? Faut-il mesurer le succès d’une migration au fait qu’elle « crée de l’activité et de l’emploi » ? Le succès d’une migration n’est pas un indicateur économique, on pourrait aussi bien en juger par les liens qu’a établis la personne avec les résidents du pays, par le bonheur qu’elle a à y vivre, ou tout simplement en lui demandant son avis.

Il est absurde de juger de l’immigration en termes économiques, à l’heure où l’écologie montre au contraire qu’il faut diminuer « l’activité et l’emploi dans notre pays », et pas les augmenter comme si on était encore dans le contexte des Trente Glorieuses6. Les migrants ne sont pas une ressource à laquelle on peut accéder en ouvrant plus ou moins le robinet. Comment peut-on aspirer à une société écologiste et défendre des positions aussi cyniques, qui ne considèrent les travailleurs qu’au prisme du profit qu’ils rapportent et des « opportunités » qu’ils offrent ?

La lutte contre le dérèglement climatique est « une incroyable opportunité pour notre économie »

On touche là le nœud de toutes les contradictions de Jannick Yadot : l’écologie n’est pas une opportunité pour l’économie ; elle est anti-économique. On n’ira pas vers une  société écologique sans sacrifier des pans entiers de notre économie (numérique, publicité, aviation, tout-voiture, et l’intégralité des bullshit jobs), qui est globalement très dépendante des énergies fossiles et qui détruit massivement l’environnement. Même les « experts » les plus en vue, comme Jancovici, le disent : « CO2 ou PIB, il faut choisir »7. C’est en diminuant l’activité économique qu’on aura peut-être une chance d’arrêter localement le désastre, en abandonnant par exemple Europacity et ses « incroyables opportunités pour notre économie »8

De plus, si Jadot ne raisonne qu’en termes économiques, n’est-ce pas pour laisser de côté la question sociale ? A quel prix crée-t-on des « opportunités » économiques aujourd’hui ? Le moindre smartphone repose sur l’exploitation sanguinaire du coltan au Congo9, de même que les batteries des voitures électriques : « elles ne roulent plus à l’essence mais au sang des Congolais » (La Lucha, RDC). Peut-on se prétendre écologiste et continuer à chanter les louanges de l’économie ?

Sur le climat : « Nous ne sommes pas sur la trajectoire de l’accord de Paris, nous n’en faisons pas assez« 

Nous n’en ferons jamais assez, pour la simple raison que les États signataires de cet accord savaient tous très bien qu’ils ne pourraient pas le respecter. Il ne reste plus personne en France, et même peut-être sur terre, pour croire qu’on puisse sérieusement attendre des États qu’ils se mettent « sur la trajectoire des accords de Paris ». On ne peut plus prôner la croissance et l’accumulation des richesses d’un côté, et de l’autre songer à mettre un frein au désastre climatique. C’est un double discours insupportable, que Nicolas Hulot a dénoncé comme la cause de sa démission10

En faire assez, cela pourrait être, par exemple, lancer en France quelque chose comme des Etats-généraux de l’écologie, qui remettraient entre les mains des habitants, localement, toute latitude pour répondre aux enjeux environnementaux.

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