Situation

Des nouvelles de Bure (contre les déchets nucléaires)

Sous la terre du village de Bure, au sud de la Meuse, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) projette de stocker de grandes quantités de déchets radioactifs. Ce projet de centre industriel de stockage géologique (Cigéo) rejoint la longue cohorte des grands projets inutiles, sinon franchement nocifs.

Alors que le Cigéo vise à assurer la pérennité d’une industrie nucléaire post-coloniale et dangereuse en planquant ses déchets toxiques sous le tapis, aucun débat n’a eu lieu. L’imperméabilité radioactive et la réversibilité à long terme sont questionnables, et les coûts sont astronomiques (35 milliards d’euros d’études, construction, exploitation, surveillance…). En outre, les pratiques de l’Andra et de la police pour faire pression sur les opposants achèvent d’exhiber le caractère exécrable de l’affaire.

Heureusement, depuis maintenant quelques années, des habitants, des travailleurs et des militants ont pris la décision de bloquer activement le chantier, sur le mode de la « zone à défendre » (ZAD). Nous relayons quelques nouvelles.


Historique de la lutte à Bure

A Bure, petit village du sud de la Meuse, cela fait près de 23 ans que des personnes luttent contre l’implantation de Cigéo, la plus grande poubelle nucléaire européenne. En réalité, les racines du problème plongent bien plus loin dans le temps, dans la mise en place de l’ère nucléaire avec son lot d’impérialisme, de trafic d’uranium, d’Etat fort et décomplexé…

Courant 2016, avec le début des travaux préparatoires à la poubelle, la lutte s’est amplifiée. Et depuis « l’été d’urgence » (2016), un bois situé sur une zone stratégique pour l’ANDRA [agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, qui gère le projet] est occupé… [Le désormais célèbre Bois-Lejuc]. Cette lutte de longue haleine a trouvé un nouveau souffle et gagne en visibilité dans les mondes militants, mais aussi associatifs, paysans.

Le répression de la manifestation du 15 août 2017, suivie de la perquisition de 5 lieux le 20 septembre 2017, soulève un élan de solidarité : un peu partout se créent des comités de lutte contre le Cigéo. Depuis la mise en sommeil de la coordination nationale contre l’enfouissement des déchets, à la fin des années 90, on n’avait pas connu un tel engouement national pour la question : c’est donc un tournant historique, que nous tâchons de saisir au vol !

[A retrouver dans la brochure « Pistes de jeu pour lutter avec Bure »]

Quelques nouvelles de Bure

[Reproduction du dernier mail de la mailing list de Bure : sauvonslaforet at riseup.net]

Depuis quelques semaines pas mal de choses se sont passées à Bure. L’occupation de la forêt se poursuit et se renforce progressivement pour passer l’âpre hiver qui s’annonce – matos, soutien, présence sont toujours très bienvenues. Les naturalistes en lutte contre CIGEO s’organisent pour venir parasiter le grand Festival de photo animalière de Montiers-en-Der1, et continuent leurs balades et relevés naturels pour dé-greenwasher les magouilles de l’Andra. La vie continue à BZL, à la gare de Luméville et dans les autres espaces d’habitation. Quelques hiboux [nom des habitants de la ZAD] ont entamé une « longue marche » d’infotour dans le sud, répandant dans leurs sillages plumes, hululements et idées en tout genre. L’Andra continue ses procédures pour avancer sur d’autres travaux connexes à CIGEO – même si elle s’est prise une fin de non-recevoir par l’Autorité Environnementale, fin octobre, qui l’oblige à  réaliser une évaluation environnementale dans le bois Lejuc. Un (premier) four à pain est en
train d’être réhabilité dans la maison d’un ami, et les premières fournées ne vont plus tarder !

Et puis, comme d’habitude à Bure, on a vécu des trucs vraiment, vraiment très difficiles. Les flics continuent leurs pressions et patrouilles quotidiennes et cherchent à taper fort. Il y a une semaine, un pote s’est fait embarquer alors qu’il était à vélo et est maintenant en détention préventive à Fleury-Mérogis … et ça nous met en rage. Quelques jours avant, un compagnon apprenait que le commandant Dubois portait plainte contre lui pour « diffamation », car il avait eu l’outrecuidance d’écrire que celui-ci, en l’interpellant lors de la manif du 18 février, l’avait étranglé. Il passe en procès le 21 novembre. Le 24 octobre, notre ami Jean-Pierre Simon a pris 2 mois de prison avec sursis pour avoir prêté son tracteur pour la première occupation en juin 2016 : c’est la première fois en France qu’un agriculteur écope d’une condamnation aussi lourde pour de tels faits. Le proc réclame 3 mois de sursis sur un autre pote, pour avoir crié « mangemerde » le soir du 14 juillet dernier. Chaque semaine ou presque, voire même chaque jour à certaines entrées, des hiboux de la forêt doivent faire face à la présence plus ou moins menaçante de GM [gendarmes mobiles] ou du PSIG [peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie]. Et tant d’autres épisodes dans cette chronique amère de la vie militarisée dans le sud-meuse.

Mais les dernières semaines ont été aussi émaillées de nouvelles enthousiasmantes venant de comités et de gentes qui se bougent un peu partout avec de bien belles idées : un comité de soutien Lilleradié se monte à Lille, à Toulouse « Bure Partout Nucléaire Nulle Part » officialise son existence avec plusieurs soirées de soutien/projection, à Lyon la « Clique des Ami-e-s de Bure » organise soirée-concert etc, à Paris le comité de soutien Bure/Paris-IDF tient une réunion toutes les deux semaines, à Dijon le comité de soutien s’apprête à lancer un gros chantier pour fabriquer une grande cabane à remonter dans le bois Lejuc à la fin de l’hiver, à Reims le comité « Brut de Bure » participe au festival naturaliste de Montiers-en-Der, dans le Jura aussi ça bouge, à Longwy le « Comité de soutien des pays-haut » est super motivé pour être dans la convergence des luttes, ramener du matos etc. Et bien d’autres endroits encore. La page des Comités sur le site est ici.

N’hésitez pas à rejoindre des comités proches de chez vous, ou à créer le votre. Il est possible de s’inscrire sur la liste bure-intercomites en envoyant un mail à l’adresse « burepartout at riseup.net » ! Que la lutte décolle 😉 ! On aimerait beaucoup que le mouvement à Bure alimente des subversions et des envies d’auto-organisation un peu partout pour subvertir l’État nucléaire, l’autorité, l’atomisation sociale et inventer d’autres choses ! Des premières rencontres intercomités en petit périmètre ont eu lieu le 22 octobre dans le bois Lejuc, d’autres plus larges auront lieu d’ici à quelques semaines/mois, et en attendant pleins de choses fourmillent ici et là !

De notre côté, on a préparé un petit fly « Pistes de jeu pour lutter avec Bure », qui propose quelques pistes pour des actions ici et là pour lutter contre la poubelle.

En effet, pour couronner les derniers mois Hulot a enfin lâché le morceau le 9 novembre en déclarant au Sénat que CIGEO était la « moins mauvaise des solutions ». Pas exactement un blanc-seing politique mais suffisamment pour permettre au « dossier » d’avancer. D’autres part, des vidéos étranges d’un certain Nicolas HuLOL nous sont parvenues, où celui-ci appelle, à l’inverse de son alter-mégot, à renforcer l’occupation de la forêt et à rejoindre des comités de lutte un peu partout. Des investigations sont en cours pour tenter de démêler ces messages contradictoires. Ce qui est sûr, c’est que tout cela appelle des réactions : un appel sera donc très bientôt envoyé pour proposer des pistes d’actions décentralisées (voir plus bas).

D’ici là, la prochaine assemblée de lutte s’organisera le 25 novembre et sera suivie du prochain chantier pour la cabane solidaire le 26 novembre : ces espaces sont vraiment dédiées à toutes celles et ceux qui ont envie de lutter ici et là contre Bure, c’est vraiment important de s’en emparer et qu’ils continuent de grandir, qu’on puisse se coordonner entre la Meuse et le reste du monde pour résister à l’atomisation sous toutes ses formes 🙂 !

Les prochains rendez-vous :

– Tout le temps à Bure, dans la forêt et ailleurs, renforcer l’occupation, construire un four à pain, faire vivre BZL et les autres lieux collectifs, joie rage amour tout ça tout ça.

– 18 & 19 novembre : soutenir les naturalistes en lutte (nelvscigeo at riseup.net) et autres hiboux au Festival de Montier-en-Der.

– 21 novembre : procès d’un compagnon au tribunal de Bar-le-Duc.

– Le 25 & 26 novembre pour : l’AG de lutte (à la salle des fêtes de Couvertpuis), à partir de 10h pour plénière le matin, repas partagé puis groupes de travail l’après-midi. Le 26 novembre suite du chantier de la cabane solidaire dans le bois Lejuc, rendez-vous à 10h à la barricade nord.

– 6 décembre (et avant, et après), c’est la Saint-Nicolas : et si on organisait autour de cette date des actions décentralisées contre Hulot, le nucléaire et leur monde (de merde) ? Appel à rassemblements et actions auprès des nucléocrates en tout genre (EDF, RTE, etc, etc) ! Que ce soit pour la construction d’une méga-poubelle, d’un transformateur en Aveyron, de lignes THT un peu partout, où la cyber-colonisation par les compteurs LINKY, il y a 1000 raisons de s’opposer à ces machins ! (Plus d’info très vite sur vmc.camp et ailleurs).

Et ailleurs :

– 2 décembre : manif’ en Aveyron contre la construction d’un méga-transformateur par RTE

– 9 décembre : manif sur la plateau de Millevaches contre l’usine à pellets de CIBV

– 12 décembre : rassemblement à paris contre le sommet climat tout pourri

– 16-17 décembre : anniversaire de la forêt occupée à Roybon

– tout le mois de décembre : veille et vigilance sur la décision attendue du gouvernement sur NDDL, préparons nos rendez-vous pour accueillir la décision, quelle qu’elle soit, comme elle se doit

À très bientôt !

Quelques hiboux et gravitant-e-s de Bure et des environs.

Notes   [ + ]

1.Extrait de l’article en question :

Les nombreux photographes exposant à Montier viennent nous présenter le spectacle sans doute sincère d’un monde en perdition qu’ils pourront aller chercher, eux seuls, toujours plus loin sur la planète. Car aux portes de la ville, à quelques coups d’ailes de grues ou d’oies, nous survolons les installations de stockages de déchets nucléaires de Soulaines, de Morvilliers, le centre de compactage de Briennes. L’ANDRA (l’agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires) a tout acheté dans le secteur, des milliers d’hectares de terres agricoles, et la conscience cupide de la plupart des élus locaux. Les leucémies progressent de façon inquiétante dans un rayon de 15 km de la poubelle de Soulaines.Du coté de St Dizier l’avenir est aussi radieux avec l’ implantation fulgurante d’un pôle industriel destiné à la maintenance du parc nucléaire français. Mais la mairie partenaire du festival de Montier se préoccupe de l’avenir de la forêt et des peuples premiers comme les Papous de Nouvelle-Guinée … elle organise une rencontre conférence  : Frères des arbres, l’appel d’un chef papou le 18 novembre prochain. De quoi rêver ! À un avenir sans déforestation criminelle pour les peuples premiers , tout comme à un futur immédiat sans nucléaire ni tombeau nucléaire à BURE . A ces élus si admiratifs de territoires lointains et de peuples en lutte pour leur survie nous disons bravo mais cessez donc de livrer les forêts de Haute Marne et de Meuse à la folie des nucléocrates de l’ANDRA car ce sont l’ensemble des territoires qui en dépendent et l’avenir des populations locales ne dépendra jamais d’un tombeau nucléaire.

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