Situation

Le futur, c’est Nous !

Les Lettres Jaunes publient aujourd’hui leur onzième lettre. Un appel à continuer samedi la lutte, à ne pas se laisser démonter par les stratégies des mainteneurs d’ordre ou par le temps qui passe.

En fait, tout le monde le sait bien : les gilets jaunes ont déjà gagné. Nous tenons la victoire. Reste à en déterminer l’ampleur.

Dans nos villages, dans nos communes, dans notre périphérie, une colère a jailli du tréfonds de nos entrailles. Nous avons pris conscience que nous pouvions nous soulever, nous organiser, nous fédérer. Nous avons pris la mesure de notre trésor d’imagination d’en bas pour lutter contre l’infamie de ceux d’en haut.  

Le système contre lequel nous combattons prend sa source dans notre travail salarié, et dans notre consommation effrénée. Notre salarisation quotidienne, mêlée à notre désir d’acheter, soutenu par le matraquage publicitaire, sont les deux mamelles qui nourrissent ce monstre d’en haut. Il nous faut, dès maintenant, nous interroger radicalement : voulons-nous renverser la totalité de ce système ou voulons-nous que nos vies en dépendent pour toujours ? Voulons-nous continuer à prolonger cet illimité d’en haut ou défendre enfin les limites de notre humanité en danger ? A vrai dire, face à ce dispositif total, nous apparaissons trop souvent désarmés, saisis d’angoisse : « Que ferons-nous, alors? », «Comment mangerons-nous ? », « De quoi vivrons-nous? » Voilà pourtant les questions que nous devons courageusement affronter pour trouver d’autres chemins d’existence ! Ne surtout plus reculer devant la crainte de ce brouillard mental ! Nous pouvons le dissiper ! Nous pouvons par notre immense pouvoir de création dessiner de nouveaux horizons !

Pour le moment, nous sommes pris au piège dans les tentacules d’un système dont la toile se tisse depuis la Révolution industrielle. Notre travail n’est plus un travail réel ; notre travail réel est un emploi ; notre emploi est un « bullshit job ». Et notre « bullshit job » n’est plus effectué par un humain, mais par un robot. Le sens même de notre activité est broyé dans les rouages de la machine à croissance, tandis que nous décroissons dans la misère et la désolation. Dans beaucoup d’entreprises, nous devons nous adapter à des exigences managériales inhumaines ; à des cadences robotiques infernales ; à des pressions statistiques ; à des objectifs dépourvus de sens, dépourvus de sens commun. Il faut engendrer cette révolution des mentalités en nous réunissant ensemble, dans des assemblées locales, afin d’ouvrir d’autres perspectives : Quelle est l’utilité sociale et morale de notre métier ? Faut-il fonder notre agir sur un gain de productivité ou sur une augmentation de vitalité ? Faut-il produire en vue de l’échange ou travailler en vue de l’usage ? Faut-il travailler en vue de la quantité, ou produire en vue de la qualité ?  

Comprenez, mes chers amis, que ce système moderne a un principe simple et cohérent : notre déshumanisation. L’économie exerce une violence sur les corps de ceux d’en bas ! Pas la violence décrite par les médias, non ! Une violence charnelle, une violence réelle, une violence sur l’homme lui-même ! Dans l’Histoire, aucune avancée sociale majeure n’est advenue sans un combat réel. Ceux d’en haut perçoivent toujours la vie d’une manière opposée à ceux d’en bas. Dans cette vision contradictoire, il y a deux réactions possibles : la confrontation ou la compromission. A ceux qui prônent le dialogue ou le pacifisme pour sortir de cette crise, nous leur disons net : « Naïfs, vous vous leurrez, vous vous mentez, vous réformez, vous faiblissez ! » Dans ce face-à-face, il n’y a pas de Grenelles, de pourparlers, de comités, de concertations, de commissions, de conventions… Mais seulement un corps-à-corps ferme et vigoureux ! Une question de vie ou de mort !

Mes chers amis, libérons-nous des chaînes, renversons les tables ! Renversons ces beaux-parleurs ! Renversons ces guillotineurs de la vie sensible ! Devenons ces laboureurs qui feront naître les blés nouveaux ! Devenons ces artistes et artisans d’un autre commencement  ! Devenons ces semeurs d’espoir !

                                                                                   A Demain. A nous.

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