Hebdromadaire #1 – Ouf, la République humaine française est bien sauvegardée !

Nous laisserons chaque semaine la parole à un personnage assez extraordinaire, qui a bien voulu être collaborateur de Grozeille : un dromadaire. Voici sa première « revue de l’actualité humaine française ».


Lorsque la reine des abeilles se fait vieille, la ruche amorce le processus de « remérage » pour reproduire une mère. C’est un moment assez violent de la vie des abeilles : parmi les nymphes nourries à la gelée royale, la première éclose part à la chasse des autres cocons pour tuer les concurrentes.

Les humains remplacent leur chef de façon autrement plus policée. Déjà, ils ne choisissent généralement pas une pondeuse féroce et dominatrice, mais plutôt un beau mâle, dont la supériorité du cerveau droit (rationnel) est établie de longue date par leur biologie.

Il y a deux semaines, un certain « Emmanuel Macron » devenait ainsi l’homo sapiens le plus puissant du territoire appelé « France ». S’il n’a pas éliminé froidement tous ses concurrents, il faut bien dire qu’il ne leur reste guère le choix que de s’unir à sa horde ou de se faire oublier. Ces méthodes spécifiquement humaines ont le mérite d’être douces et civilisées, ce à quoi je suis sensible, en tant qu’animal domestique.


Pourtant, il faut bien l’avouer, certaines des prérogatives du Président des humains français restent assez animales, comme celle de montrer ses gros bras à la tête des armées, ou celle de crier très fort sur son « peuple » réuni en troupeau pour l’écouter.

Mais les homo sapiens ont la chance d’être en démocratie. Ils ne peuvent certes pas se gouverner sans chef mais au moins c’est eux qui le choisissent. En outre, ce Macron est vraiment venu à point pour sauver ce qu’ils appellent la « République », une sorte de communauté imaginaire qu’invoquent régulièrement les hominidés dirigeants.

Dans le troupeau, quelques voix dissidentes rappellent cependant que le Président n’a suscité l’enthousiasme que d’un humain « français » sur trois. Une voix particulièrement retorse soutient même, dans un article commandé par un assemblage de feuilles nommé « le Monde », que le sauveur des « Français » a été élu par une coalition d’humains disposant de moyens d’expression élargis, apeurés par une sorte de femelle tyrannosaure :

[L’élection de Macron] est le résultat d’une campagne médiatique sans précédent lancée tout au long de l’entre-deux tours – et même avant – sur deux axes : d’un côté le panégyrique d’un candidat « seul devant l’Histoire » et le récit partout répété de « son parcours époustouflant » ; de l’autre le danger que représente pour « nos valeurs » et pour « la République » une victoire de Mme Le Pen.

Mais il faut être bien naïf pour croire cela, quand il apparaît même aux yeux d’un dromadaire qu’Emmanuel Macron est d’abord élu pour son faciès ferme et sexy, son intelligence garantie par des bouts de papier appelés « diplômes », et puis son dynamisme, son courage, son innovativité… Bref, si l’on me permet l’expression, c’est un « beau gosse connecté et cultivé », autant de qualités requises pour être le mâle dominant 2.0, comme le suggère un autre article :

Si objectivement [le portrait que font les médias de Macron] reprend toutes les figures et les critères du masculin, et en particulier du masculin hégémonique, d’autres tentatives médiatiques qui entendent soulever les« failles » de cette virilité, témoignent d’une sorte d’inconscient patriarcal encore bien vivace.

En effet, le statut de Président des humains est lié à différents critères comme sa capacité à « supporter la pression », à « prendre des décisions » ou à « diriger ». Il est vrai qu’on pourrait dire aussi sa capacité à être un mâle, à peau blanche, sans poil, membre d’un sous-troupeau détenteur d’opulentes richesses. Mais bon, il faut faire des concessions pour rester en démocratie, et ça vaut mieux que d’être abandonnés à soi-même comme des écureuils ou des blaireaux, ces animaux anarchistes.

D’ailleurs, Macron a fait les preuves de ses capacités hors du commun. L’homme a souvent parlé d’instinct, par opposition à la « raison » humaine, pour tracer une ligne de partage entre lui et les autres espèces. Cependant, il faut reconnaître que le Macron s’inspire génialement du bonobo ou du chimpanzé, chez qui le mâle dominant ne doit pas toujours son statut à sa seule force physique, mais aussi à des méthodes indirectes, telles que l’habileté à constituer des alliances.

En effet, les troupeaux humains ne s’égorgent pas à longueur de journée : des hiéroglyphes en lettres majuscules telles que « l’ONU » ou « l’UE » les en empêchent. Cette espèce intelligente a notamment la « diplomatie », pour régler ses différends autour de tables de négociation. Au terme d’une épreuve de force digne des plus grands stratèges lupins, Macron a pris la tête de la meute française cette semaine, pour rencontrer son homologue russe, « Vladimir Poutine ». Et pourtant, ce n’était pas gagné…


La venue du chef de la meute russe lundi dernier a été l’occasion d’un véritable combo de kung-fu présidentiel. Selon un bout de papier acquis à la cause macronite, qui nous invite à « revivre » ce moment intense, … :

Le président français a tendu la main à son homologue russe et, dans le même temps, lui a asséné ses quatre vérités à la face du monde, comme peu avaient osé auparavant.

Ainsi se voient confirmés le courage inouï du nouveau Président des humains français, et sa « calme fermeté », qui en imposent jusqu’au plus grand velociraptor continental. C’est sans conteste que le nouveau coq gaulois s’est imposé sur le tatami diplomatique. De même que chez les papillons, les mâles se livrent une guerre de parfums dans l’espoir de s’accoupler avec la femelle, de même les « médias » français répandent leurs éloges pour acquérir la faveur du nouveau chef.

Néanmoins, quelque chose chose me turlupine dans cet échange d’une rare violence entre les chefs russe et français. Comment se fait-il que les gorilles chargés de maintenir l’ordre (la « police ») ne soient pas intervenus ? Dans mes enquêtes de terrain chez les humains, j’ai remarqué qu’« attaquer à coup de slogans » était passible d’une forte répression. Je n’arrive pas à m’expliquer que la feinte assez fourbe consistant à « tendre la main » pour ensuite « asséner ses quatre vérités à la face du monde » n’ait pas entraîné de réplique policière. N’hésitez pas à m’écrire si vous avez des informations à ce sujet.

Mais ce qui m’étonne encore plus, c’est qu’en cette époque de tous les dangers, lesdits anthropoïdes « policiers » ne pourront bientôt plus se défendre contre les coups de slogans ou d’éventuels assénements de vérité. Les poires explosives (appelées « grenades offensives ») ont été définitivement interdites, car l’une de ces poires a malencontreusement provoqué la mort d’un certain « Rémi Fraisse » en 2014. Rassurons cependant ceux qui s’inquiètent : les policiers ont toujours des gourdins et des lance-balles pour maintenir en bon ordre la société humaine, comme on a pu le constater dimanche dernier :

Et puis, la police pourra bientôt se rendre utile et redorer son blason. Car le président des humains français a marqué son territoire en posant sa première crotte : « l’affaire Richard Ferrand ». Il paraît en effet qu’un primate très ingénieux, « le ministre Richard Ferrand », a permis à son ingénieuse femelle, « Sandrine Doucen », de multiplier son capital de papier de banque par 3000, en réalisant des travaux coûteux dans un local qu’elle aurait préalablement acheté « à crédit » sans verser une cacahuète. Ainsi Ferrand faisait donc preuve d’une ruse de renard, quand il hululait contre Fillon parce qu’il « souille tous les élus de France » !

Mais pas d’inquiétude, tout ceci n’est pas très nouveau chez les humains, et ça ne risque pas de mettre en danger leur belle démocratie. Le « deux poids, deux mesures » est une pratique courante, qui participe au maintien de la hiérarchie sociale des homo sapiens. Après tout, les antispécistes, parmi lesquels je me range, accorderont qu’il est bien plus grave de voler à une chèvre le produit de son travail que de « frauder le fisc » :

Par ailleurs, la garantie d’une société harmonieuse dans l’espèce humaine est aussi encouragée par ce qu’ils appellent « la morale et la philosophie », des sortes de harangues auxquels se livrent les plus sages des homo sapiens. Bien que leur « justice » effective semble assez compromise, nous autres vieux dromadaires pouvons nous réjouir : l’homo occidentalis semble sur la bonne voie depuis qu’un vieux singe appelé « Kant » a dévoilé l’existence d’une justice idéale et régulatrice.

Preuve en est, le Kant d’aujourd’hui, qui s’appelle « Raphaël Enthoven », ne recule devant aucune occasion de rappeler ses congénères à la raison. Devant la menace des « racistes antiracistes », cette engeance qui maintient les frontières entre les races sous couvert de les abolir, le « philosophe » fait preuve de profondeur d’analyse et de bon sens.

Néanmoins, en bon ethnozoologue, j’ai consulté un site web de « femellistes » en colère, qui suggèrent que ces pratiques « racistes antiracistes » tiennent peut-être au fait que « l’espace public, politique, économique, médiatique appartient aux [mâles à peau blanche]. Malgré une mixité apparente, les [femelles et les primates colorés] sont généralement exclus de facto ». Les femmo sapiens et les sapiens coloris seraient ainsi plus à l’aise pour discuter en l’absence de dominants, et c’est pour ça qu’ils-elles se livreraient à des conciles « non-mixtes ».

Il faut en outre ajouter qu’il semble y avoir de bonnes raisons de se méfier de certains mâles dominants, si l’on contemple l’évolution récente des pratiques « femellistes » du gouvernement français :

Je dois avouer que la complexité des sociétés humaines me laisse bien perplexe. Parfois, je ne sais plus trop où donner de la bosse. Mais la semaine touche à sa fin, et s’il faut en retenir quelque chose, c’est que la « République » des humains français a bien été sauvée, malgré quelques accrocs somme toute très négligeables. L’espoir se profile nettement à l’horizon. Rendez-vous dans le prochain hebdromadaire, où j’espère que mes analyses de la vie des hominidés se préciseront.

Pour me contacter : dromadaire@protonmail.com.